2024-06

2023 01
Juin 2024. Le mot du président

Comment se tenir à hauteur de la situation actuelle du monde ?  Comment y inscrire notre acte, soutenir le sujet et imprimer une orientation? Espace analytique Belgique souhaite répondre à une telle convocation, et s’en donner les moyens, comme en atteste le programme de l’année 2024-2025 qui s’annonce.

Nous vous invitons à découvrir les activités prévues, que je me propose aussi de vous présenter dans la suite de ce mot, après quelques indications introductives sur la spécificité de la parole que nous souhaitons tenir au sein d’EaB…

Du point tenu par la psychanalyse, répondre du monde, cela ne peut se faire qu’à travers la parole, témoignage du sujet tenu à partir de son assujettissement dans la langue et de son inscription dans les discours, indexé au point de rencontre du Réel, tout en y inscrivant son affirmation en excès. Cet « excès » du sujet prend aussi bien figure du manque, du silence, d’un peu d’air dans la compacité du réel, d’une énonciation d’un dire muet qui se fait entendre au-delà de la prolifération des énoncés qui nous submergent de simulacres. Alors que ces leurres nous livrent à l’alternance de la désorientation et des crispations identitaires, l’affirmation du Je ouvre le champ de son désir.

Si nous parions ainsi sur la puissance de la parole, cela tient à notre engagement dans une conception de la parole qui ne se réduit ni à un moyen de communication, ni à une représentation du monde ou des corps, ni à un apprentissage algorithmique. La parole consiste en l’énonciation en sujet à partir d’une matière de langue qui articule le corps, se noue à la jouissance, avec la puissance de tisser le monde, de manière encore inouïe. Si la psychanalyse a une fonction aujourd’hui, si elle souhaite se tenir à hauteur des enjeux contemporains, elle ne pourra le faire qu’à travers ce courage de la parole et du dire, la rigueur de sa tenue.

Je suis très heureux de vous présenter les grandes lignes de notre programme visant à déployer quelques linéaments de cet engagement pour la parole ainsi comprise.

  • Un premier enseignement « Quelques concepts fondamentaux de la psychanalyse » posera les balises qui, entre docte ignorance et gai savoir, permettent l’orientation de la pratique et le soutien de l’acte analytique, le second enseignement « Psychanalyse, linguistique et poésie. Signifiant et sujet, corps et jouissance » poursuivra le parcours à travers apports de Lacan quant au pouvoir du langage noué au Réel et à la jouissance, visant les puissances poétiques de la langue, productive d’un nouveau réel.
  • Chaque atelier propose une mise au travail autour d’enjeux spécifiques de la sexuation, de l’identification, de l’amour, de la haine, de la jouissance et de sa logique, de la construction du fantasme dans le champ du sexuel et l’expérience de la sexualité, ou encore de la construction de l’objet pour la psychanalyse. Chacun qui souhaite s’y inscrire aura ainsi l’occasion de se mettre au travail, d’élaboration autour d’un de ces points d’appui.
  • Quant aux conférences des Lundis de Bruxelles, elles se proposent de décliner les modalités de l’engagement clinique du psychanalyste comme de l’analysant aujourd’hui. Il s’agit donc proprement de construire du répondant face au malaise, aux symptômes, aux traumatismes, en ouvrant les puissances de la parole dans l’espace des diverses attentes et demandes. Bien sûr, la spécificité de notre pratique n’est pas de prétendre à des réponses adéquates, mais plutôt d’offrir des appuis qui permettent de soutenir le désir, et de soutenir l’ouverture de la parole.
  • Lors du samedi d’ouverture de l’année (20 septembre 2024), David Bernard nous proposera ses réflexions sur « ce qui s’avoue », ouvrant ainsi, dans le transfert, à ce travail transformateur de la parole autour de ce que le sujet consent à mettre en jeu et en œuvre, témoignant ainsi de son engagement et de son courage à braver le circuit des affects.
  • Quant aux conférences des Samedis de Bruxelles, elles poursuivront autour des enjeux de la parole engagée  : depuis les ouvertures apportées par la pensée, la culture et l’écriture chinoise (Monique Lauret, 7 décembre 2024) jusqu’à l’interrogation sur qui et sur quelle parole les jeunes en quête d’adresse peuvent-ils compter aujourd’hui (avec Jean-Marie Forget, 22 mars 2025) en passant par une réflexion sur la place de la psychanalyse face à l’individu hypermoderne, en résistant au retranchement ou à la réclusion narcissique (avec Louis Raffinot, 18 janvier 2025).
  • Durant les deux Samedis de Namur, il s’agira d’élaborer les modalités singulières de la parole avec les enfants, ses dessins comme images à écouter (Claude Schauder, 8 février 2025) et la place spécifique de l’analyste accompagnant le « devenir sujet » de l’enfant qui apprend à perdre pour se trouver (Vanessa Greindl, 24 mai 2025).
  • Nous proposons également des espaces de mises à l’épreuve ensemble de cette écoute et cette parole au sein des Intervisions.
  • Nous sommes également soucieux d’établir un dialogue fructueux avec les autres associations ainsi qu’avec les autres disciplines, en proposant ou en participant à diverses activités inter-associations : un premier Contrepoint autour du récit et de la mémoire après guerre (avec Valérie Rosoux, le 30 septembre 2024), une journée inter-association d’étude autour de l’accueil de l’altérité (avec Marie-José Mondzain, le 16 novembre 2024, information programme bientôt disponible ), le Congrès international du réseau d'Espace analytique « Les nouveaux enjeux de la psychanalyse » du 12 au 15 décembre 2024 à Paris.

À travers les différentes activités proposées, Espace analytique Belgique propose ainsi de soutenir la spécificité d’une parole engagée depuis la psychanalyse, susceptible de répondre de notre situation et de nos pratiques.

En septembre, je vous proposerai quelques réflexions supplémentaires sur ce que nous sommes en droit d’attendre d’une parole psychanalytique, en établissant une résonance avec les enseignements du poème comme puissance de faire exister par la langue.

En espérant trouver occasion de travailler ensemble dès la rentrée, je vous souhaite un très bel été.

Antoine Masson, président de l’OA d'EaB

 

 

2024-01

2023 01
Janvier 2024. Le mot du président

Chères et chers membres d’Espace analytique Belgique,
Chères et chers collègues,

2023 aura été bien remplie et l’occasion de nombreux échanges tant au sein d’EaB qu’avec les autres associations. L’année écoulée a été marquée par la réalisation du nouveau site d’Espace analytique Belgique, et sa mise en ligne en décembre. Nous vous invitons à le découvrir et du même coup y retrouver les activités de 2023 et l’annonce de celles de 2024.
Début janvier est aussi le moment de souhaiter à chacun le meilleur pour l’année qui vient. Mais comment formuler un tel « meilleur » au-delà de ce que l’on peut explicitement attendre, vouloir ? Souhaiter les bons vœux ne va pas sans convoquer, d’un point de vue propre, le monde dans lequel nous vivons. Quel discours la psychanalyse peut tenir à l’égard de l’état du monde ? Comment peut-elle procurer une aide pour s’y inscrire ? Que peut-elle apporter ?
Un temps de suspens semble bien nécessaire : d’abord parce que l’année qui se termine nous laisse dans une situation du monde interpellante, voire angoissante ; ensuite parce qu’il y a lieu de s’interroger sur ce que, du point de la psychanalyse il est possible non seulement de souhaiter mais aussi de proposer en acte afin d’ouvrir quelques nouveaux chemins de vérité et quelques précipités de bonheur réel durant cette année 2024.
Les manifestations de violence semblent envahir notre monde de toute part: violence politique bien sûr, avec non seulement les guerres mais aussi une violence des discours tenus par des bouffons mis en place d’obtenir le pouvoir politique ; violence dans le champ du sexuel et les relations entre les genres ; violences des identités blessées, des minorités, des déplacés, des réfugiés ; violence, non encore révolue, des effets de la pandémie en particulier par leur impact sur les enfants et les adolescents en métamorphoses empêchées ; violences écologiques et climatiques, catastrophes dites naturelles mais qui atteignent les humains dans leur corps et dans leur capacité de rêver ; violence aussi des institutions et parfois des liens crispés entre collègues ou des manques de reconnaissance de notre valeur subjective par les rouages de management ; sans compter les violences au sein des liens avec les proches, emprise allant jusqu’à l’intime de soi-même…
La violence est-elle plus importante aujourd’hui ? Du côté des chiffres « objectifs et empiriques », il n’est pas aisé de répondre, tant cela dépend de la définition que l’on accorde à la violence, de la nature des violences prises en compte et, il faut le dire, de l’endroit où nous nous situons sur la planète. Nous trouverons toujours période plus clémente, mais aussi moment de terreur plus grande.
Une évidence cependant s’impose : il y a une difficulté croissante aujourd’hui à s’orienter face à ces déchaînements de la violence. Il apparaît de plus en plus complexe, face à ces manifestations de violence, de tenir un cap assuré.
Quelle orientation dès lors la psychanalyse pourrait-elle nous permettre ? En quoi la psychanalyse pourrait-elle servir, sinon en procurant des repères, du moins en offrant des boussoles et points d’appui afin de soutenir notre désir ? De quel type d’apport peut-elle être en ces temps incertains ? Voilà le questionnement que je souhaiterais soutenir avec vous en ce début d’année, non pour y trouver la réponse définitive mais dans l’espoir d’ouvrir un chemin qui vaille, par son orientation plus que par une destination assurée : on va plus loin quand on ne sait pas où on va, à condition cependant de maintenir un cap.
Le point de départ de ce que peut apporter la psychanalyse ne peut être qu’une limite : la psychanalyse n’est pas en mesure, et cela ne serait pas souhaitable, de produire un savoir sociologique, politique, climatologique particulier ; ce qui bien sûr ne nous dispense nullement de nous informer sur ces savoirs, et nous convoque au contraire à dialoguer avec eux.
Afin de préciser le type d’apport de la psychanalyse sur ces questions, je vous propose un détour par les pistes ouvertes par Lacan en 1950 (« Introduction théorique aux fonctions de la psychanalyse en criminologie », communication pour la XIIIe conférence des psychanalystes de langue française (29 mai 1950) en collaboration avec Michel Cénac, Écrits, p.125-149) lorsqu’il examine comment la psychanalyse pourrait rendre compte de la réalité du crime venant déchirer la trame du monde pour s’imposer comme une conduite destructrice du bonheur de la réalité familière, d’où le fait que Lacan qualifie le crime comme « conduite irréelle ». Bien sûr, cela fait trois quarts de siècle ! Nous pouvons espérer cependant que l’exemple de la démarche puisse avoir un intérêt aujourd’hui afin de s’orienter en regard de tout ce qui vient mettre à mal notre monde, et en particulier les conduites violentes, les effractions à échelle de nations ou de planète, et qui s’impose bien comme des « faits irréels » venant de déchirer la trame familière du monde.
Lacan précise d’abord qu’il s’agit de tenir bon sur l’épistémologie spécifique à toutes les « sciences de l’homme [qui] — parce qu’elles s’incarnent en comportements dans la réalité même de leur objet — ne peuvent éluder la question de leur sens, ni faire que la réponse ne s’impose en termes de vérité. » Il soutient ensuite la place particulière de la psychanalyse au sein du champ des sciences humaines : dans la mesure où la démarche analytique s’attache, à partir d’un dispositif d’écoute, à dégager la vérité du sujet, et que l’efficacité de sa pratique ne tient qu’à la responsabilité assumée par le psychanalyste d’intervenir dans la construction même de cette vérité : « Nul ne le sait mieux que le psychanalyste qui — dans l’intelligence de ce que lui confie son sujet, comme dans la manœuvre des comportements conditionnés par la technique — agit par une révélation dont la vérité conditionne l’efficace ». Vous y entendez la manœuvre du transfert, les boussoles conceptuelles afin de s’orienter dans ce qui s’entend, les actes d’interprétation, d’où la vérité toujours mi-dite s’institue comme une production nouvelle.
Après ce rappel, Lacan en vient à questionner les modalités de l’apport de la psychanalyse à ce domaine, en apparence extérieur à son champ, qu’est la criminologie. À partir de « la technique qui guide notre dialogue avec le sujet et les notions que notre expérience a définies », quelle pertinence trouver dans l’approche des ressorts du crime ? Aujourd’hui, début 2024 nous pouvons reprendre cette question en la reformulant : que peut offrir l’écoute analytique et nos clés conceptuelles afin non seulement de comprendre mais aussi de s’orienter et de faire œuvre subjective dans le monde tel qu’il est ?
La mise en garde de Lacan en 1950 demeure toujours pertinente : il ne s’agit pas tant « de contribuer à l’étude de la délinquance » ! Aujourd’hui, il ne s’agit pas tant de prétendre à un savoir probant qui puisse être appliqué au monde déchiré par la violence, ni d’avoir l’arrogance de faire la leçon aux supposés égarés, mais plutôt d’abord de « poser les limites légitimes » de notre savoir, pour ensuite ouvrir à quelques éclairages portant sur la dialectique sous-jacente, selon une mise en forme des dynamiques inaccessibles qui rendent compte de la réalité, grâce à des hypothèses tenues à partir d’un point obscur pouvant avoir puissance d’interprétation en acte. Par ailleurs, Lacan insiste déjà en 1950 : il ne s’agit pas de « propager la lettre de notre doctrine sans souci de méthode », mais plutôt de « repenser [ces points de doctrine], comme il nous est recommandé de le faire sans cesse, en fonction d’un nouvel objet. » Ainsi, si la psychanalyse aujourd’hui peut permettre de se forger une orientation dans ce monde, le cap ne peut nullement consister sous la forme d'un contenu qui serait déjà décidé et acquis. La psychanalyse se doit de réinventer son orientation dans chaque situation singulière à laquelle elle se confronte et qu’il lui est donné de connaître depuis sa seule lorgnette, limitée mais pointue, c’est-à-dire seulement à partir de son mode d’écoute et d’appréhension du symptôme ou sinthome, de son expérience de la clinique acquise dans une pratique.
Dans son texte de 1950, Lacan montre comment la psychanalyse est en mesure d’éclairer les vacillements de la responsabilité corrélatifs à ces « conduites irréelles » (crimes) venant faire effraction dans la réalité, non en suivant un savoir établi, mais plutôt en se laissant enseigner par l’expérience puisée dans l’écoute de sujets singuliers, y ayant découvert les mêmes ressorts dialectiques que ceux au fondement des avatars de la société : « Que si en effet en raison de la limitation [au sujet singulier] de l’expérience que [la psychanalyse] constitue, elle ne peut prétendre à saisir la totalité d’aucun objet sociologique, ni même l’ensemble des ressorts qui travaillent actuellement notre société, il reste qu’elle y a découvert des tensions relationnelles qui semblent jouer dans toute société une fonction basale, comme si le malaise de la civilisation allait à dénuder le joint même de la culture à la nature. On peut en étendre les équations, sous réserve d’en opérer la transformation correcte, à telles sciences de l’homme qui peuvent les utiliser, et spécialement, nous allons le voir, à la criminologie. »
À partir de quelques clés et hypothèses, à partir de ce qui s’entend, il s’agit dès lors de dégager ce qui se joue au niveau de l’inconscient, de la pulsion, de la jouissance, de l’angoisse et des affects, afin d’éclairer les impasses, ruptures et cristallisations symptomatiques, et surtout soutenir une orientation qui nous identifie comme sujet et nous met en position de faire œuvre de vérité.
En tenant fermement sur un tel cap, il s’agirait de suivre aussi bien la maxime du philosophe Platon, énoncée par la voix de Socrate s’adressant à Calliclès, « La philosophie dit toujours la même chose » — Socrate s’adresse à Calliclès pour lui dire sa différence : « aussi merveilleusement doué sois-tu [Calliclés], quoi que dise ton favori, et de quelque manière qu’il prétende se comporter, tu n’as pas la force de le contredire, mais tu te fais ballotter de ci de là ; ainsi, dans l’assemblée, si, après que tu aies parlé, le « dæmos » athénien n’est pas d’accord avec toi, tu changes d’avis pour parler comme il veut, et, vis à vis de ce beau jeune homme, le fils de Pyrilampe, tu ressens la même chose. C’est que tu n’es pas capable de t’opposer aux desseins et aux dires de tes favoris » — que cette assertion de Freud : « La voix de l’intellect est basse, mais elle ne s’arrête point qu’on ne l’ait entendue », indiquant par là l’éthique d’une fidélité à l’intelligence dégagée à partir des hypothèses productives (inconscient, pulsion, topiques) et des enseignements de la clinique des rêves, des symptômes et autres productions de l’inconscient ramenées au même fondement et à la singularité diverse de ses destins.
S’il s’agit bien de soutenir ainsi notre « identité » depuis l’intellect de la psychanalyse, reste à savoir de quelle modalité de l’identité il peut s’agir. Dans son séminaire du 18 décembre 2023 (tenu au Théâtre de la commune, à Aubervilliers), traitant de la possibilité de construire une nouvelle orientation dans un monde de désorientation, Alain Badiou établit une distinction qui nous semble pertinente entre deux stratégies pour « faire identité ». À l’opposé d’une stratégie frileuse de l’identité qui tente de s’affirmer en se purifiant et en se distinguant de l’autre, en tentant d’exhiber une différence péremptoire à l’égard d’un autre discrédité, une tout autre modalité consiste à soutenir la persistance d’une identité créatrice, à maintenir ferme une clé qui puisse faire œuvre, à affirmer une voix, en tenant un fil, en performant une singularité tout en l’ouvrant vers l’infinité du monde à parcourir. Une telle insistance de l’identité s’attache au « même » tout en s’altérant, s’en servant pour tisser dans l’altérité du monde une nouvelle vérité, donner lieu à un faire œuvre de soi-même dans le monde.
Une telle identité œuvrante permet le déploiement du « même » hanté par l’altérité » ; elle consiste en un acte du sujet divisé ou en un « ici en deux » (André du Bouchet) ; elle se (sou)tient ferme à partir de l’« ombilic obscur » du rêve ou les racines d’ombre du poème, tissé dans son être par la différence productive selon une « fraîcheur » ou une ouverture du monde grâce à quelques clés. S’il s’agit d’une affirmation de « soi-même », ce n’est qu’à partir d’un « redoublement du même » dont l’essence dialogique est celle d’un je-tu qui s’articule depuis la différence absolue, se déclinant comme absence de rapport sexuel et malentendu, déterminant ce que Lacan nommera « troumatisme » et qui consiste aussi en un certain toucher de l’absolu, indexant ainsi le sujet divisé qui "s’y racine", c'est-à-dire y trouve sa source.
Tandis que prolifèrent les identités défensives, les volontés de retrouver la grandeur et la suprématie, les velléités d’éliminer la "menace" — celle-ci pouvant prendre au niveau politique la figure de l’ennemi terroriste ou plus simplement du migrant, et au niveau personnel de l’autre décevant, voire persécutant —, comment soutenir une telle identité créatrice qui consiste et insiste selon une orientation maintenue dans le brouillage du monde et autour de laquelle se trouve réuni ce qui fait notre valeur de sujet ? Et c’est bien à cette tâche que nous souhaitons au sein d’Espace analytique Belgique contribuer, à échelle de singularités, à travers la mise au travail, les échanges dans les différents ateliers, les aiguisements de notre écoute dans le cadre des intervisions, les débats lors des conférences et journées d’études.
Après ce détour je peux, sans trop de risque de malentendu, formuler mes vœux pour l’année qui s’ouvre.
Il ne s’agira pas, à l’instar de tel discours d’homme politique, de souhaiter la prospérité retrouvée du pays à travers de nouvelles lois visant à réguler les flux étrangers et de grands programmes de « réarmement », au sens premier aussi bien que métaphorique, afin de garantir et purifier l’identité du groupe. Non! Pour notre Espace analytique Belgique, il ne peut s’agir d’un tel vœu de se faire une identité pure organisant la ségrégation de ce qui n’y serait pas inclus.
Dans une tout autre perspective, prenant appui sur la notion d’identité créatrice et tenant ferme sur les limitations de nos prétentions savantes, je voudrais vous souhaiter d’« être vous-même », ou plutôt, nous pouvons nous souhaiter d’« être nous-mêmes », selon un "redoublement du même" traversé de la différence productive, et frayant ainsi une orientation dans le monde, pour y inscrire aussi bien nos pratiques, nos cliniques, nos vies intimes et nos liens avec ceux qui nous sont chers. Et si le chemin n’est assuré ni quant à sa source ni quant à sa destination, souhaitons-nous qu’il n’en est pas moins un précipité de bonheur réel, retrouvé à chaque instant sur fond de vacance — ce que le poète André du Bouchet nomme une « trouée », un « fraîchir » (la forme du verbe infinitif indiquant la valeur d’acte au présent), pour peu qu’il nous soit donné de pouvoir nous tenir à « hauteur réelle » en mouvement sur la faille.
Pour André du Bouchet, comptent essentiellement les blancs entre les fragments : ils donnent l’intonation même de la parole du poème. Les blancs sont ainsi le "dire" entre le "dit" des fragments, tout comme pour Pierre Reverdy, la valeur du poème ne tient qu’à la présence du « dire » entre les lignes du « dit »: 

Rien ne vaut d’être dit en poésie que l’indicible, c’est pourquoi l’on compte
beaucoup sur ce qui se passe entre les lignes
(Pierre Reverdy « Le livre de mon bord »)

Que ce soit entre les lignes ou par les blancs entre les fragments, la véritable valeur du poème ne se révèle que grâce au lecteur providentiel, im-programmable, d'où le péril du poème qui s'expose sans garantie de trouver salut en tel lecteur. 

Je terminerai dès lors cet augure pour l’année 2024 en laissant au poème la liberté d’ouvrir en chacun un chemin improbable

                                                                comme être — et la
première fois de nouveau — sur les arêtes de la langue.

 

cela est toi.         volet disparu, l’autre est là.             cela est
toi.

 

            solidité sans finir,

deux fois j’ai démêlé.                                   puis, cela est redevenu
                                    inintelligible : la montagne.           deux fois
                                                                l’épaisseur inintelligible.

                                                (André du Bouchet, « Fraîchir (I) »dans « Ici en deux », 1986)

*

                                                                                 Comme, au chemin de
nouveau détrempé,  fraîcheur à nouveau,  chemin,   précipité sans
chemin ?

                       (André du Bouchet, « un jour de dégel et de vent » dans « Matière de l’interlocuteur », 1992)

*

Antoine Masson
Président d’Espace analytique Belgique

 

 

2023-09

2023 01
Septembre 2023. Mot de rentrée du président
Chers collègues,

En ce moment de rentrée 2023, je vous souhaite une année enthousiaste aussi bien dans vos activités cliniques, dans l’ouverture de l’élaboration théorique que dans le bonheur du partage convivial entre nous.

Durant cette année nous œuvrerons ensemble à mettre en évidence, aussi bien dans la pratique que dans le champ conceptuel, les apports de la psychanalyse, sa valeur heuristique et pratique dans le monde contemporain.

Un premier séminaire d’enseignement s’attachera à quelques concepts fondamentaux de la psychanalyse, à partir des enseignements de Freud et de Lacan. Y seront abordés le sujet, l’inconscient, le transfert, le narcissisme, la jouissance, l’objet a, la conduite de la cure.

Une dimension me tiendra particulièrement à cœur et sera soutenue dans le cadre d’un second séminaire enseignement, celle consistant à préciser la complexité du statut du langage et de la parole, dans son nouage avec le Réel qui s’en institue, ainsi qu’avec les dimensions de jouissance qui y trouve sa loi tout en délivrant ce plus-de-jouir que Lacan a un jour identifié à rien de moins que le bonheur : « quoi d’autre sous le terme d’“heureux” est saisissable sinon précisément cette fonction qui s’incarne dans le plus de jouir ? » (1967), bonheur réel allant bien au-delà des mirages de la satisfaction. Aussi, le poème nous servira à l’occasion d’appui. Selon les mots de Salah Stétié, pour le poète, le langage ne se limite nullement à ce « simple miroir de poche où viendraient, selon l’orientation désirée, se faire piéger, l’une à la suite de l’autre, les figures de l’univers » ne formant alors que « conglomérats d’idées ou d’affects », c’est-à-dire des opinions sans vérité. Non, « pour le poète » au contraire le fait que « la poésie n’est faite que de parole » représente « sa puissance affirmative », dans la mesure où « la parole est une forme, à peine amoindrie, de la totalité pressentie », plénitude tirée du silence. Pour le psychanalyste aussi, la parole possède bien cette « puissance affirmative », celle d’un sujet en excès, et de son dire à entendre dans le silence au-delà du dit. Voilà pourquoi la psychanalyse, plus que jamais, est des plus précieuse à l’ère des proliférations de langages variés (y compris d’intelligence artificielle, d’algorythme, de protocoles, etc.) au sein desquels il s’agit pourtant de retrouver une orientation. Penser le « pari d’existence » du sujet corrélatif d’un dire, soutenir l’ontologie du négatif qui fait exister au-delà de la réalité, soutenir dans notre champ ce que le poète soutient dans le poème, voilà bien notre tâche.

Ces deux séminaires d’enseignement ne nécessitent aucun « prérequis » et une attention toute particulière sera accordée à rendre ces thèmes les plus intelligibles, sans céder cependant sur la rigueur ni sur un certain « travail » nécessaire afin de subvertir certaines acceptations courantes.

Outre ces deux séminaires d’enseignement, nous vous laissons également découvrir les différents ateliers, intervisions, et cycles de conférences proposés cette année et où nous avons le souci de mise au travail à partir de l’expérience de chacun, dans un esprit d’ouverture à une diversité d’auteurs psychanalystes, ainsi qu’un dialogue avec d’autres champs, depuis l’anthropologie jusqu’aux sciences les plus contemporaines.

Dans le prolongement des « hypothèses » à soutenir auxquelles je faisais déjà référence en juin dernier, je tiens aussi à reprendre brièvement dans ce mot de rentrée, deux versions de ces hypothèses que le psychanalyste Gérard Pommier, récemment disparu début août, nous a laissées en héritage. Dans son livre de 1987 « Le dénouement d’une analyse » (Point Hors Ligne) il reprend la spécificité de l’interprétation « saut de lion », qui se démarque de toute traduction de l’inconscient, qui va au-delà de la seule scansion relançant la quête infinie d’un désir, qui s’affirme plutôt comme une « secousse, rupture et reprise du temps autrement, un court-circuit temporel déterminant un avant et un après », événement que Gérard Pommier conceptualise à partir des deux versants du fantasme disposés sur la topologie d’une bande de Moebius, et qui tout à coup, se rejoignent dans une formule éclairante. Lors d’une conférence en 2005, sous le titre « Analyse finie et adolescence infinie », Gérard Pommier reprenait cette question de l’aboutissement de la cure, reformulé alors comme une nouvelle « fusée adolescente », un point de contact avec le « féminin », actualisation d’« une aube à revivre » déterminant une nouvelle fraîcheur au sein de la névrose dite adulte. Prélevées sur bien d’autres hypothèses, portant aussi bien sur le masculin, le féminin ou le nom, nous tenions à marquer, en forme de reconnaissance, la valeur vivante de tels gestes psychanalytiques, de telles clés transmises.

Pour terminer ce mot, il me reste à souhaiter à chacun et chacune une année  fructueuse, de trouver au sein d’Espace analytique de Belgique de quoi soutenir sa clinique et sa réflexion, et à toutes et tous, un plaisir toujours renouvelé d’échanger ensemble.

Au plaisir de se retrouver lors de la conférence de rentrée du samedi 16 septembre.

Antoine Masson
Président d’Espace analytique de Belgique

 

 

 

2023-07

2023 01
Juin- Juillet 2023. Mot d'ouverture de mandat du président

En ce début de mandat comme président, je suis très honoré de pouvoir poursuivre tout ce qui s’est mis en place et déployé depuis 12 ans au sein d’Espace analytique de Belgique, espace tissé de convivialité, d’ouverture, de recherche et de transmission.

Face à un monde en crise, voire un monde qui bascule, face à un monde aussi dont les coordonnées se transforment tant au niveau des singularités, des conceptions de la famille, des identités de genre que des enjeux politiques, face à de telles métamorphoses, l’atout, l’enjeu et la mission d’un espace analytique est de soutenir de manière plurielle quelques « hypothèses » heuristiques et productives, dans le fil d’une réappropriation de l’héritage de Freud, Lacan et quelques autres.

Par la notion d’« hypothèse », il faut entendre un positionnement dans les multiples sens du terme : aussi bien une posture, une perspective qu’un engagement clinique couplé à une boussole axiomatique. Le soutien d’une hypothèse consiste dès lors en un acte performatif visant à faire exister une dimension insoupçonnée, à entendre de l’inouï encore, en pariant sur une potentialité subjective. Une telle opération œuvrant dans le champ de l’écoute et de l’interprétation, rejoint la puissance propre du poème qui selon René Char est advenue d’une « connaissance productive du Réel », poème qui se forme selon une approche graduée du Réel. Ce caractère performatif de l’hypothèse, se tenant dans le champ de la parole tout en se confrontant à un Réel non donné à l’avance, rejoint ce que Roland Gori a nommé la « preuve par la parole ».

Il est important de noter que de telles « hypothèses » se distinguent des hypothèses formulées dans les dispositifs empirico-expérimentaux, pour lesquels il s’agit de vérifier la conformité à tel ou tel connu déjà accessible. Les hypothèses performatives au contraire s’envisage comme des boussoles de recherche et d’exploration sans énoncés de buts programmables, ouvrant les potentialités d’un sujet et permettant la rencontre.

Notre tâche est dès lors de faire d’Espace analytique Belgique un espace pluriel au sein duquel nous pouvons soutenir de manière collégiale de telles hypothèses, à partir desquelles il s’agit d’examiner, échanger et se transmettre ce qu’il n’est possible d’entendre que grâce à ces hypothèses spécifiques, et ce afin d’en permettre l’efficace qui s’en dégage.

Citons de manière non exhaustive quelques-unes de ces hypothèses, toujours à rafraîchir afin d’en éviter la désuétude.
– L’hypothèse de l’inconscient d’abord, nécessaire et légitime, qui a une valeur heuristique et pratique permettant de saisir les différentes manifestions symptomatiques. Suivre cette hypothèse consiste à prendre acte d’une « conscience dont on n’a pas conscience », d’une « autre scène » sur laquelle se trouve engagé notre être de désir, ce qui nous fait sujet au-delà de toute volonté moïque.
– L’hypothèse du transfert qui, à l’instar de la déclaration d’amour, fait exister les processus psychiques qui s’y déploient et s’y transforment.
– L’hypothèse du parl-être comme actualisation de notre être de sujet, toujours déjà irrémédiablement réorganisé par les lois du langage et le nouage de l’articulation symbolique avec un nouveau Réel qui se constitue comme butée, rencontre, tuché, cristallisant dès lors les points de jouissance indexés à la dimension de la lettre.
– Ceci nous amène à cette nouvelle hypothèse lacanienne, celle de la jouissance qui, alors qu’elle se déploie toujours comme une saisie d’un corps, s’articule cependant aussi bien à partir des productions culturelles. L’enjeu d’inscrire une loi de cette jouissance qui se diffracte selon les registres du Réel, de l’Imaginaire et du Symbolique
– Et bien sûr, l’hypothèse du sujet qui n’est nullement identifiable comme une volonté et un contrôle mais plutôt comme une topologie s’inscrivant dans la matérialité d’un corps, ou comme la logique d’un acte qui tisse notre être de non-être tout engagé qu’il soit dans le roc biologique. Le sujet est dès lors coextensif à la topologie d’un manque d’où d’articule tout le possible et même son excès de Réel.
– Ou encore, l’hypothèse d’un objet réel quoique toujours déjà perdu, autour duquel notre être de sujet tourne, objet qui conjoint le manque et l’excès, qui ne se constitue dans sa forme et son être que par la quête d’un désir qu’il cause. Un tel objet étrange ne pourra être isolé comme une réalité antérieure mais seulement se révéler dans l’après de sa constitution comme un avenir Réel.

Du soutien de telles hypothèses, une dimension essentielle de l’éthique de la psychanalyse consiste à ne cautionner aucun des privilèges accordés à des normes préétablies, à des identités qui s’imposent, à des classement préétablis, ou à des catégories idéologiques. Au-delà de tout contenu apriori, l’engagement fidèle à de telles hypothèses permet au contraire d’analyser et de mettre à jour les dialectiques œuvrantes qui constituent toute singularité, et de faire ainsi l’épreuve d’existence d’un Réel où s’enracine dans l’ombre notre existence de sujet et la consistance de notre monde.

Gageons que de telles hypothèses soient universelles, certainement pas au sens d’être généralisables afin d’inféoder tous les particuliers, mais plutôt universelles au sens de pouvoir faire chemin d’invention partout où elles sont soutenues, dégageant dès lors des singularités incomparables et toujours fraîches, autorisant la possibilité de s’énoncer à nouveau, comme pour la première fois, sur les arêtes de la langue.

Parions que de telles hypothèses fournissent une orientation afin de penser de nouvelles réalités cliniques, par exemple les destins contemporains de la sexualité, du genre, du patriarcat. Comment de tels enjeux peuvent-ils s’éclairer et trouver leurs perspectives, ouvertes en avant grâce à de telles hypothèses vives ? Comment de telles hypothèses permettent-elles de critiquer les enlisements symptomatiques du patriarcat ? Comment aussi ces hypothèses œuvrent-elles afin de dégager les inventions de tel ou tel sujet singulier, en vue d’inscrire son désir neuf, à partir de ses sources atemporelles ? De telles boussoles devraient permettre de tracer une voie transversale et créative, en subvertissant de l’intérieur les querelles idéologiques. Et ainsi, face à un comportement sexuel venant mettre à mal les normes établies, éviter la triste alternative où s’opposent d’une part la dénonciation de la méconnaissance de telle ou telle loi fondatrice, et d’autre part la fascination par une supposée vertu, évidente et non questionnée. Au contraire, le soutien de telles hypothèses permet d’ouvrir le frayage d’une voie pour explorer ces nouvelles singularités, y reconnaître les voix inédites du désir.

Le soutien de telles hypothèses doit également permettre de faire face aux actuelles remises en cause de la psychanalyse, de résister aux contestations et menaces de discrédit, tout en se laissant entamer par la critique, afin de retrouver les arrois de sa cause désirante.

À titre d’exemple, reprenons trois énoncés élémentaires de la critique envers la psychanalyse : son « discours hermétique », ses « querelles de chapelles », son « mépris des savoirs fondés sur les preuves empiriques et statistiques ». S’il s’agit bien d’entendre la critique, ce ne sera qu’en la prenant au sérieux sans la prendre au mot, en l’envisageant comme un aiguillon nous forçant à affûter le tranchant de la démarche analytique.
– Concernant la supposition d’hermétisme, si la psychanalyse a bien le devoir de se guérir de l’hermétisme péjoratif qu’est le jargon idéologique formant un costume chamarré pour assurer une prise de pouvoir et le camouflage de son incurie, la psychanalyse a cependant aussi le devoir de ne pas céder sur une autre forme efficiente d’un hermétisme lié à la démarche. Il s’agit en effet de soutenir que toute proposition nouvelle ne pourra être arrachée que comme une comète d’obscure-clarté, comme « une évidence gardant ses racines d’ombre », « une cristallisation de vocable irréversible » (selon les mots du poète Salah Stétié) ou encore se proposer comme un « un poing fermé dont il est libre à chacun de faire une main ouverte », une « bouteille à la mer sur une plage du cœur » en attente de son lecteur providentiel (selon les formulations du poète Paul Celan). Il s’agit aussi de ne pas céder sur certains concepts et leur formulation, ni sur les mots techniques des inventions conceptuelles ou interprétatives, celles-ci ne peuvant pas toujours être traduites sans perdre le vif.
– Quant aux dites querelles de chapelle, ne témoignent-elle pas aussi que, pas plus qu’il n’y aurait de rapport sexuel, il ne peut y avoir de consensus idéologique qui puisse fonder une institution analytique pleine et unie dans son discours ? Toute tentative de parvenir à une telle cohérence unitaire ne conduirait-elle pas à l’impasse, et dès lors aux guerres du dogme ? Ainsi, afin d’éviter les mauvaises querelles de discrédit, branchées sur les ravages des guerres narcissiques, la seule issue consiste à soutenir les singularités, les puissances de l’hétérogène, tout en permettant à chacun de tenir son propre fil dans un espace pluriel, dans le respect des différences.
– Quant au supposé désintérêt des savoirs scientifiques, la psychanalyse doit bien sûr se garder de verser dans l’obscurantisme. Cependant, si elle ne peut ignorer les résultats d’études empiriquement fondées, elle se doit cependant de viser une dimension supplémentaire, et de soutenir que les savoirs établis ne peuvent suffir pour être à la hauteur de la source vive d’une « connaissance productive du Réel » (René Char). Ce que l’on peut espérer d’un Espace analytique est de permettre de supporter de ne pas savoir à l’avance ce que l’on va découvrir et qui nous saisit. Il s’agit de promouvoir une recherche orientée quant au fil et aux hypothèses à tenir, sans être cependant programmable quant au but à atteindre, et de maintenir le désir en soutenant l’espoir d’obtenir ce surcroît corrélatif de la saisie du sujet par l’objet qui le trouve.
Nous pouvons poursuivre en précisant cette équivoque inhérente à la passion de l’ignorance qui, comme toute passion véritable, se tient entre le désastre et la grâce, pouvant conduire aussi bien à l’enlisement mortifère qu’à la puissance créatrice. La position éthique n’est pas de se débarrasser de la passion, mais bien de se tenir critique et droit sur la ligne de crête afin d’éviter le pire et ouvrir à l’insoupçonné.
– Dans sa version péjorative, l’ignorance serait l’objet convoité par la passion qui ne se l’avoue pas. La passion de l’ignorance consisterait en une tentative de saturer toute surprise par les savoirs établis et les statistiques prédictives, s’assurant ainsi de l’impossibilité de tout nouveau savoir à la partir de l’insu, à l’instar de ce personnage qui ne cesserait pas d’essuyer ses lunettes afin de s’assurer de ne rien y voir d’étrange et de surprenant.
– Dans sa version productive, l’ignorance constitue la cause insue et productive de cette passion qui s’attache au savoir : la passion de l’ignorance s’ancre alors dans la prise en compte du fait que toute connaissance véritable ne peut trouver sa source que dans une « ignorance qui s’ignore » (Canguilhem) ou une « certitude anticipée » s’affirmant depuis l’obscur selon la torsion d’un temps logique. Dans l’ordre d’une telle passion, la connaissance arrachée à l’obscur est un acte qui produit une transformation, un chemin engagé et performatif frayé dans la contrée explorée.

Je terminerai ce mot en souhaitant pour chacun qu’Espace analytique de Belgique puisse constituer un champ de collégialité où expérimenter la valeur productive, tant au niveau clinique que des savoirs, de ces hypothèses opérantes de la psychanalyse, et en soutenir avec enthousiasme la spécificité dans un esprit d’ouverture afin de relever ensemble les défis contemporains de nos pratiques.

Antoine Masson
Président Espace analytique de Belgique
20 juillet 2O23
Ce texte est la reprise écrite du propos oral tenu le 17 juin 2023 en début de son mandat.

 

 

2023-06

2023 01
Juin 2023. Mot de fin de mandat de la présidente

Espace analytique de Belgique a été fondée le 18 juin 2010, comme en atteste notre texte de fondation.1
Nous étions alors 10 fondateurs2 en recherche d’un lieu où penser et transmettre la psychanalyse.
En fondant Espace analytique de Belgique, nous avons trouvé plus qu’un lieu : nous avons créé un espace.

Pourquoi avoir fondé une nouvelle association ?
Nous venions tous d’autres lieux et nous souhaitions trouver un endroit où la pensée et la parole étaient libres et pouvaient faire débat.
Certains étaient en contact avec Espace France, quelques-uns de leurs membres et leurs travaux. Ils les avaient trouvés inspirants.

Dans le temps de la création de notre association, il était essentiel de nous appuyer sur certains signifiants fondateurs. Ceux qui détermineraient une identité et avec elle le lieu de notre énonciation, inchangé encore aujourd’hui.

Nous nous sommes arrêtés sur « Espace analytique de Belgique, association pour la recherche et la transmission psychanalytique ».

Le signifiant « Espace » a valeur de signifiant maître pour nous. Quand nous nous nommons, c’est ce signifiant qui reste.
L’espace est à entendre au sens du vide entre deux lignes ou deux points. Il introduit de cette façon à l’interstice, aussi celui d’où peut surgir du sujet.
Nous avons préféré « Association » à Ecole ou Institution, au sens du droit, où l’association est la « mise en commun autour d’un objet », à savoir la psychanalyse et sa transmission.
La « mise en commun autour d’un objet » est bien plus qu’une formule puisque nous avons choisi d’inscrire notre acronyme de cette façon : eab, avec un petit a entre le e et le b. L’objet a étant au cœur de notre inscription symbolique et orientant bien plus que notre désir.

En ce qui concerne la transmission du discours analytique, rappelons qu’elle se fait à partir du désir de l’analyste qui s’acte dans la cure. Autrement dit, la transmission de la psychanalyse se fait, avant tout ou en parallèle, dans et par la cure analytique.
Nous avons voulu créer une association ayant pour visée « deux fonctions : celle de transmettre le discours analytique dont l’agent est la cause du désir et celle de garantir la formation des psychanalystes »3 , en soutenant que cette formation a trois piliers: la formation théorique, la pratique analytique partagée et l’analyse personnelle.

La recherche est avant tout recherche de la connaissance faisant face à l’obscurantisme et la passion de l’ignorance qui aliènent.
Elle mène des travaux avec méthode en vue de faire progresser nos pratiques et les théories tout en s’appuyant sur les fondements psychanalytiques au regard de la rencontre avec la clinique.

Eab comme espace se voulait et se veut toujours propice et soutenant quant à l’émergence du désir de travail et de ses productions auprès de nos membres pour que chacun puisse soutenir un désir averti. Le désir de l’analyste et non pas le désir d’être analyste.

L’idée de la collégialité est en filigranes et pourtant est essentielle.
Nous sommes une association qui se veut sans Maître, ni Dieu, ni Père. Nous ne souhaitons pas « la sacralisation d’une personne, d’une œuvre ou d’un discours »4 . Nous nous voulons hors idéal ou idéalisation.
Nous ne souhaitons pas avoir un(e) chef(fe) de file mais nous soutenons des fonctions qui changent de style, avec celle ou celui qui l’incarne. Le style relevant non pas de l’imaginaire mais tenant du rapport que chacun a au réel.

Nous nous inscrivons bien sûr dans l’héritage de Freud et de Lacan mais nous soutenons que c’est « La pluralité des discours et des échanges cliniques qui peut maintenir un lieu à vocation de formation et de recherche »5.
C’est pourquoi, nous travaillons aussi les textes de psychanalystes tels que Winnicott, Klein, Dolto et d’autres. Et le savoir transmis n’est ni exhaustif ni définitif, d’autant qu’il est par essence troué.

Quoi qu’il en soit, la psychanalyse et sa transmission ne peuvent être souscrites à la culture et à l’époque dans lesquelles elles s’inscrivent. Par contre, le prestige dont elle bénéficiait a fait place à l’énigme qu’elle comporte dont certains ne veulent plus rien savoir. Ses détracteurs reculent face à l’exigence et à la durée qu’elle peut demander.

La psychanalyse est-elle dépassée ou doit-elle s’adapter aux discours ambiants en renonçant à ses fondamentaux ? Je ne le crois pas.
Quelle que soit l’époque, quels que soient les lieux, quelles que soient les pratiques, il y a une chose sur laquelle il s’agit de ne pas céder c’est l’éthique psychanalytique. Celle qui entend quelque chose au sujet et à son énonciation.

Les 10 fondateurs* sont issus de deux générations différentes ce qui a pour conséquence un rapport différent à Lacan puisqu’il y a ceux qui ont connu l’homme et ceux qui s’inscrivent dans son héritage à partir des enregistrements et des textes permettant l’appréhension de sa transmission.
A ce titre, l’effet de transfert est très différent, il est d’une autre nature, puisqu’il s’appuie sur les écrits et non sur la personne de Lacan.

Pour conclure ma dernière prise de parole comme présidente, je souhaite aujourd’hui mettre un accent particulier sur les textes. Ce sont finalement eux qui sont au fondement même de notre association et de nos pratiques. Ceux sur lesquels nous nous appuyons quitte quelquefois à nous en éloigner.

Je vous partage un court passage du texte de Delphine Horvilleur dans « Le rabbin et le psychanalyste »6 , qui trouve écho concernant la transmission de la psychanalyse et de la lecture des textes.
Nous devons avoir conscience « que le texte n’a jamais fini de parler, qu’il lui reste toujours à dire (…). En cela, l’intention de l’auteur devient secondaire (…) ».
Le « vouloir dire » de l’auteur est toujours plus restreint que le « pouvoir dire » du lecteur.
Cependant, « le lecteur doit toujours, d’une manière ou d’une autre, faire avec ce qu’on a fait dire aux textes avant lui. Il doit créer de l’inouï, au sens du littéral du terme du « jamais entendu » à partir de l’écoute de ceux qui l’ont précédé (…).
(…) Parce qu’il a pris en compte ce que des générations de lecteurs ont fait dire au texte avant lui, qu’il a le pouvoir, dans un contexte nouveau, de l’emmener ailleurs.».

L’actualité de la psychanalyse ne cesse alors de se renouveler dans la mesure où c’est entre ce qui a été transmis et ce qui est à créer, entre lecture et écriture, que l’ailleurs apparaît comme ce vers quoi tendre.

Anouk Lepage
Présidente d’Espace analytique de Belgique
17 juin 2023

  1. Ce texte s’est en partie appuyé sur le texte de fondation d’EaB écrit par Cédric Levaque pour les co-fondateurs, Texte de fondation d’EaB. Texte fondateur site EaB
  2. Les 10 fondateurs sont : Elisabeth d’Alcantara(+), Danielle Bastien, Régine de Biolley(+), Patrick De Neuter, Roland Geeraert(+), Vanessa Greindl, Didier Ledent, Anouk Lepage, Cédric Levaque et Nicole Stryckman.
  3. Nicole Stryckman “Institution et transmission de la psychanalyse” (Communications site EaB)
  4. Cédric Levaque, ibidem
  5. Maud Mannoni. Texte de fondation d’Espace analytique, site Espace France
  6. Delphine Horvilleur, “Le rabbin et le psychanalyste, l’exigence de l’interprétation”, pg 25-26, 2020 Editions Hermann

 

2023-01

2023 01
Janvier 2023. Les voeux de la présidente. 

A l’aube de cette nouvelle année, quelques questions émergent.

Peut-on encore interroger les choses et débattre d’idées? Et est-il toujours possible de faire forum ?

Il semble que l’heure ne soit plus au débat et que les questions soulevées ne soient plus traitées que sur un versant polémique ; la société du spectacle et sa médiatisation faisant œuvre.

Depuis Socrate et sa maïeutique jusqu’aux philosophes des Lumières en passant par la disputatio médiévale, les débats argumentés ont fondé les modalités d’une société démocratique. La parole de chacun trouvant une légitimité à se dire et poussant à penser un peu plus loin.

La méthode dialectique est celle qui rend possible les débats et la formulation de la pensée. L’art du dialogue où les points de vues contradictoires se répondent, tend à faire place à la recherche de l’humiliation où seul l’affrontement impose sa loi. Ce qui annihile l’altérité. L’interlocuteur n’est plus.
Imposer pour ne plus avoir à penser. La question s’éteint.
Pourtant, penser oblige à se faire une représentation mentale de la chose en son absence. Penser introduit ainsi au manque et parler est une manière de le traiter. Imposer est un moyen de l’obturer.

Quelle place la parole occupe-t-elle aujourd’hui ?
Tantôt accusatrice ayant valeur de vérité absolue, tantôt réduite au silence ne comptant plus que pour rien.

« Je parle, donc je suis ».
La parole qui s’énonce comporte une adresse qui répond en retour. Parler fait émerger du sujet et implique de reconnaître un autre à qui s’adresser.
Ne plus pouvoir questionner et ni prendre acte de ce que cela implique, amène au risque de la parole vide, d’un discours sans parole d’où le sujet s’absente.
La parole est un don et fait pacte. Elle engage celui qui la donne à celui qui la reçoit et qui entend son au-delà.
Ce n’est qu’à maintenir un espace suffisant entre l’un et l’autre, que leurs rapports ne seront pas rabattus sur un axe exclusivement imaginaire menant au meurtre de l’autre, sans recours devant l’énigme du désir de l’Autre. Ce n’est qu’en éprouvant la parole adressée au champ de l’Autre, que le sujet recevra son message sous forme inversée, au lieu d’un Autre qui n’existe pas. Conditions nécessaires à une parole pleine.

L’écoute du psychanalyste garantit à chacun d’être entendu (de) là où il parle. La parole, comme possible dire, bien qu’à se dérober de la vérité, donne à ces égards tout son sens au processus analytique qui se nourrit du questionnement.

De cette façon, je profite de ce passage en 2023 pour vous souhaiter une heureuse nouvelle année, riche en échanges, au sein d’Espace analytique de Belgique mais aussi partout ailleurs.

Anouk Lepage, Présidente d’EaB, Janvier 2023

 

2022-11

2022 11
Novembre 2022. Le mot de la présidente

Nos deux journées d’études sur La Passion de la mère ont été un moment important pour notre association. Un temps de retrouvailles après les reports en lien avec la pandémie et une mise au travail de grande qualité.
En attendant l’édition des textes, je vous propose ces quelques lignes qui retracent trop brièvement et laconiquement le travail de ces deux jours.

C’est comme Das Ding, comme autre primordial, comme autre secourable que la mère est le premier Autre de l’infans. Le corps à corps avec l’objet illusoire doit baigner dans les signifiants et être porté par le regard et la voix.
Entre cramponnements et phallicisation, l’enfant doit trouver son chemin pour mettre une barrière à la Jouissance de l’inceste, barrière qui va lui permettre de se subjectiver en limitant la jouissance. L’enfant ayant une part active dans le processus de séparation.
Nous traitons plus tard, comme psychanalystes, ce qui s’est compliqué dans ce processus en aidant le sujet à se séparer et à se désaliéner des signifiants qui lui ont été attribués.

Ces journées ont suscité des questions et c’en est heureux.

Patrick De Neuter nous proposait d’écrire La Mère avec un LȺ barré. 
Ces journées nous y mènent en effet. La mère se déclinant différemment pour chaque femme devenant mère.

Au « Pastout » de Lacan, pourrait s’ajouter le « Pastrop », faisant référence à la nécessité d’un pas trop de jouissance, condition à la limitation de la jouissance et à la possible construction subjective.

Aussi, à la question qui a fait débat : à quoi renonce une femme en refusant d’être mère, nous pourrions aussi nous demander dans un autre registre, à quoi renonce une femme en devenant mère? Je laisse cette question ouverte d’autant qu’elle vient s’actualiser dans les discours des plus jeunes.
Le maternel continue de faire énigme et relève du sacré.
La mère est bien souvent idéalisée ou inébranlable et la loyauté à son égard peut coûter cher. On ne s’engage pas impunément dans la satisfaction du désir maternel.
Le prix à payer par l’enfant, au sens actif, pour réaliser sa différence est la non-réalisation du désir maternel.
Au risque de la bêtise, de la mélancolie ou dans l’excédent de symptômes qui vient se dire sur nos divans d’analystes.
La mère laisse sa trace par l’introduction de la jouissance dans le corps traversé par les signifiants qui font coupure. Lalangue est cependant une aliénation nécessaire permettant le second temps de séparation.
La psychanalyse vise à libérer le sujet de son assignation aux signifiants attribués qui lui font loi.

Pour conclure, je vous propose ceci : la mère est-elle la police du corps ?

Le signifiant « police » dérivant du grec indique la situation du citoyen, ou encore, l’organisation ou l’ensemble de règles en vue de faire régner l’ordre.
La mère comme la police de la pulsion. Comme je l’ai trouvé dans un article de Colette Soller.
Mais j’ajouterai étant entendu que la police est également l’ensemble des lettres et signes qui composent les caractères d’une même forme : comme la police d’écriture.
La mère comme la police d’écriture, donnant l’accès à la lettre, aux signifiants et aux lois du Langage, limites à la jouissance.

Cela me permet de clore nos journées de cette façon :
Renoncer à la mère est un bien exil ; un exil qui nous mène sur une terre d’aventures où les mots nous permettent d’écrire toutes les histoires et tous les récits du monde.

Anouk Lepage, Présidente d’Espace analytique de Belgique
 

2022-09

 Septembre 2022. Le mot de la présidente 

Cher lecteur, Vous pouvez dès à présent consulter le programme de nos activités (Enseignement, ateliers, intervisions...) qui se trouve en détails sur notre site avec les modalités de participation.

La rentrée 2022-2023 d’Espace analytique de Belgique se fera cette année, non avec une journée d’ouverture comme c’est devenu une coutume, mais avec deux journées d’étude les 15 et 16 octobre.

Après avoir été contraints de les reporter dans les suites de la pandémie, nous allons enfin pouvoir nous pencher sur ce sujet mystérieux et cet objet étrange qu’évoque la « Passion de la mère ».

Lors de ces journées, par nos travaux et avec nos orateurs, nous prendrons le temps de creuser, dans l’indistinction entre sujet et objet, un espace suffisant à l’émergence du souffle et de la parole.

Je vous invite à nous retrouver ce week-end d’octobre pour penser, élaborer, échanger, rencontrer et nous aventurer.

Renoncer à la Mère n’est-ce pas un exil, qui nous mène sur une terre d’aventures?

Anouk Lepage Présidente d’Espace analytique de Belgique 

 

 

2022-06

Juin 2022. Le mot de la présidente 

Une année de travail s’est achevée lors de notre journée d’été avec un retour sur les séminaires, ateliers et activités de l’année. 

Je remercie nos collègues qui sont intervenus au cours de cette journée et qui de cette façon ont témoigné de leur pratique, de leur pratique clinique et de leur pratique de la théorie.

En réalité, témoigner n’est-ce pas, ce qui peut être attendu de chacun d’entre nous ?

Ne nous revient-il pas, comme psychanalystes, d’être les témoins de ce qui nous est confié dans le confinement de nos cabinets. Quoi qu’il nous soit confié : des paroles, des affects ou encore des silences. 

Etre les témoins de ce qu’on a entendu ou perçu dans les dires de nos analysants. Mais entendre ne suffit pas. Encore faut-il que ce qui est dit ou ce qui ne l’est pas, soit reçu et puisse trouver à se loger dans le creux d’une oreille avertie. Faire une place au dire pour que puisse advenir une vérité.
Le psychanalyste veillant à recevoir ce qui va mener l’analysant à sa propre vérité, vérité de l’énonciation, cheminant dans les méandres de cette énonciation et accusant réception quand le sujet surgit.

Témoignage bien souvent silencieux dont nous, psychanalystes, n’en avons à faire acte qu’au regard de l’analysant. C’est en ce lieu-là que cela compte.
Le psychanalyste comme le témoin qui atteste que du sujet il y a et qu’il a été entendu.
C’est d’ailleurs ce qui produit du psychanalyste par effet retour.
Un être là qui permet le surgissement d’une vérité qui produit du sujet et du psychanalyste.

Le psychanalyste comme témoin d’une époque aussi.
L’époque qui façonne moins de nouvelles pathologies que de nouvelles déclinaisons et variations des plaintes.
Comme qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui ? Au temps de Me too.
Mais par conséquence aussi qu’est-ce qu’être un homme ?
Cela a-t-il tellement changé? Au regard de la psychanalyse, non.

Ou encore comment témoigner de ce qui peut-être attendu d’une psychanalyse et de ses effets, en dehors de toute notion d’efficacité ou d’évaluation par protocole.

Reste enfin à témoigner de ce que produit l’écoute des productions de l’inconscient, aussi auprès des membres de notre association et de nos collègues.
Comme l’ont fait ceux qui ont pris la parole durant notre journée de clôture.

Témoigner que les apports de Freud, de Lacan et d’autres, gardent une pertinence qui traverse les temps.
Les mettre au travail pour leur donner leur place dans l’actualité des dires de nos analysants, en soutenant les fondements de la psychanalyse. Savoir qui n’appartient à personne et qui se relit à l’épreuve de la clinique.

Je pense pouvoir dire que cette année de travail aura largement rempli sa mission de témoignage.

Je me tourne déjà vers l’année à venir qui se déclinera sur les mêmes modalités. Vous trouverez le programme de l’année 2022-2023 sur notre site.

Je soulignerai cependant un moment qui me tient particulièrement à cœur cet automne, rencontre qui a dû être postposée à deux reprises à cause de la pandémie : ce sont nos deux journées d’études « Passion de la mère »  les 15 et 16 octobres prochains.
Je suis heureuse qu’elles se déroulent encore sous mon mandat de présidente.
Le programme est finalisé et est sur notre site.

De cette façon, de toutes ces façons, chacun de sa place, engagé dans notre association ou participant à nos différents moments de travail, témoigne à la fois de l’intérêt qu’a encore aujourd’hui la psychanalyse mais aussi de sa pertinence pour traiter ce qui fonde l’être parlant.

Anouk Lepage,
Présidente d’Espace analytique de Belgique
18 juin 2022

 

2022-01

Janvier 2022. Le mot de la présidente

Ce début d’année est l’occasion pour moi de vous présenter mes meilleurs vœux pour l’année nouvelle.

A la moitié de ce mandat en tant que présidente d’Espace analytique de Belgique, je fais le constat d’une période profondément affectée par la crise de la pandémie du COVID-19. Nous pensions que ce ne serait qu’un passage, qu’une épidémie dont nous ne parlerions plus après quelques mois. Mais la réalité est tout autre. 

Cette pandémie marque un avant « Covid » qui se conjugue déjà au passé et un après dont nous ne connaissons pas encore les contours. Cet avant nous laisse un goût de nostalgie et l’après rappelle de façon plus criante l’incertitude du lendemain. Cet insaisissable de l’avenir prend la formulation d’un « Mais où allons-nous ? » qui est de toutes les conversations. Les décisions politiques impactent fortement le social qui est mis à mal. L’ambiance s’imprègne des discours du moment. Passé le choc de l’irruption du réel et après un temps de repli face au danger, commence la recherche du sens face à l’insensé. Mais qui donc est à l’origine du dysfonctionnement ? Voire même : qui est le coupable ?

La tentative de maîtrise du réel se manifeste par un contrôle exacerbé des foules. Mais cela continue d’échapper. 

Terrain propice au clivage : il y a les pour et les contre, les pros et les antis, il y a ceux qui se soumettent et ceux qui revendiquent, ceux qui en sont et ceux qui n’en sont pas. Dans ce duel, le miroir a pris la place de l’interlocuteur. Et l’autre devient celui à faire taire car il ne pense pas comme « nous ». Les identités se figent et chacun cherche à affirmer avec force son existence moïque. L’heure est à l’identitaire. Leurre identitaire.

De même, nos institutions analytiques connaissent le risque du clivage. L’histoire regorge d’expériences de ce type. 

Notre séminaire des membres interroge « En quoi sommes-nous lacaniens ? ». Il me paraît évident que l’accent ne porte ni sur le signifiant « être (sommes-nous) » ni sur le signifiant « lacanien », sinon à nous mener à des dérives imaginaires. L’identité n’existe que comme fiction. 

La question se loge donc bien dans le « en quoi ».

De cette façon, nous sommes interpellés sur le lien de causalité. Hors modèle d’identification, hors idéal théorique. S’il y avait un être de l’analyste, ce serait d’être sans modèle. Les textes théoriques, qu’ils soient freudiens, lacaniens ou autres, ne sont que des formulations d’un désir qui vise la cause du fait humain. Les signifiants sont le moyen d’en approcher.

« Mais où allons-nous » alors ? Qui pourrait le dire ?

Ni Dieu, ni Maître, ni Père. 

Nul ne le sait en effet ; hormis d’en dire que ça cause.

Anouk Lepage
Présidente EaB
Janvier 2022. 

 

2021-07

Juillet 2021. Le mot de la présidente

Chers collègues,

Notre assemblée générale annuelle a été l’occasion de faire le bilan d’une année marquée d’une singularité inédite.

Sans vouloir parler encore de la pandémie, un détour par ses conséquences sur notre association est néanmoins inévitable.

Passé le premier temps de saisissement où tout ou presque, s’est arrêté, nous avons dû nous adapter. Nous adapter comme humains dans nos lieux de vie, comme professionnels sur nos lieux de travail, et comme membres actifs au sein de notre association. Les bouches se sont voilées, les regards se sont accentués et la transmission a porté moins sur les savoirs que sur les virus. Le corps, ses gestes et ses fluides sont devenus dangereux à cause d’un ennemi invisible. La vaccination semble aujourd’hui faire reculer la pandémie et avec elle une part de ce trop de réel. L’avenir nous dira quelles en resteront les traces pour nous et nos patients.

Pour nous, analystes, pour lesquels les contacts humains font le fondement et le sel de nos pratiques, trouver une façon de continuer n’a pas été des plus simples. La pandémie nous a obligé d’innover et de nous adapter pour permettre une continuité dans nos activités.

Au sein d’Espace analytique de Belgique, nous nous sommes résignés non sans quelques réticences à passer en mode visioconférence. Et nous y sommes arrivés ! Je pense que nous avons réussi à poursuivre notre projet de transmission, de recherche et de formation. Et même d’une façon plus étendue. En effet, le système de visioconférence mis en place a permis à un nombre plus important de personnes de se joindre à nos activités ; pour certains même, nous suivant d’un autre pays.

Le programme de l’année 2021-2022 est prêt. L’année promet d’être intéressante. Nous continuerons à transmettre la psychanalyse et à nous mettre au travail ensemble pour questionner nos pratiques. La trame générale reste la même (enseignement, conférences, débats, ateliers sur des thèmes diversifiés, intervisions) avec une ou deux nouveautés que je vous invite à découvrir sur notre site. Chacun trouvera j’en suis sûre, de quoi penser et je m’en réjouis. Je vous retrouve pour notre matinée d’ouverture de l’année, événement qui s’inscrit peu à peu comme coutume, le samedi 18 septembre.

Nous entendrons Mr Iszcovich avec une conférence intitulée « Une interprétation pas comme les autres». Au plaisir de ces retrouvailles en présentiel que j’attends, je ne le vous cache pas, avec impatience!

Anouk Lepage, Présidente Espace analytique de Belgique  

 

2021-01

Janvier 2021. Le mot de la présidente

La nouvelle année, tout le monde l’attendait. Elle a fini par arriver.
Nous sommes enfin en 2021. Avec elle, son lot de bonnes résolutions, les bons vœux qu’elle exige et les espoirs qu’elle autorise.

D’aucuns diront que 2020 a été une année difficile, attendant avec impatience qu’elle passe.
Mais qu’est ce qui passe? Le temps, au gré des jours et des nuits, au gré des saisons. 

En réalité, nous avons seulement passé une date charnière entre deux années calendrier, invention de l’être humain pour tenter de se repérer et de s’organiser dans le temps, organisation symbolique pour permettre quelque prise sur le réel.

Mais le temps passe, encore et toujours, invariablement. Invariablement ? Pas tant que cela : il y a ceux qui ont trouvé le temps long et ceux qui ne l’ont pas vu passer. C’est une question de sujet.

En cette époque de pandémie, inédite pour la plupart d’entre nous,  le malaise dans la civilisation a trouvé un visage et a même pris un nom. Le conflit entre le sujet et la collectivité n’en est que plus vif.

Les intérêts de l’individu sont réduits pour préserver la survie du collectif.
La tentation de s’en remettre aux maîtres d’un certain savoir et d’un certain pouvoir se fait pressante.
Le Surmoi s’est incarné dans les représentants gouvernementaux.
Et avec les restrictions de liberté, le manque est de toutes les conversations.

Notre tâche, compliquée par les conséquences de la pandémie, consiste à entendre l’impact de cette période dans le discours de nos analysants tout en ne perdant pas de vue le manque qui nous intéresse. Le manque que vise notre travail est  le manque réel et non pas de celui de la réalité; le manque comme lieu d’où le sujet peut émerger.
A nous de continuer de soutenir, par le chemin analytique, l’écart nécessaire entre l’individu et les effets de la masse au sens freudien, pour permettre l’accès au désir, socle de l’ex-sistence du sujet.

Avec mes meilleurs vœux pour l’année nouvelle en nous souhaitant de continuer à penser et d’échanger en corps.

Anouk Lepage
Présidente Eab, janvier 2021

2020-11

6 novembre 2020. Le mot de la présidente

 La tournure actuelle de la pandémie et les nouvelles mesures gouvernementales prises ce 30 octobre 2020 nous obligent à revoir la façon dont notre association peut fonctionner et tenir ses engagements de formation et de recherche.
 
Nous devons nous résoudre à proposer la visioconférence pour nos activités quand cela est possible.
 
Notre « métier de contact », relevant du secteur médical est préservé de l’interdiction de pratiquer. Il va sans dire que nous devons affronter avec nos patients le surgissement de l’inattendu en acceptant que rien n’est plus prévisible.
Autrement dit, nous continuons à traiter le réel.
Nous avons de quoi faire.
 
En attendant de pouvoir nous retrouver et de pouvoir refaire société, restons connectés.
 
Anouk Lepage
Présidente d’Espace analytique de Belgique

2020-09

5 septembre 2020. Le mot de la présidente

Avant d’occuper la fonction de présidente d’Espace analytique de Belgique je souhaite remercier d’abord, notre président sortant, Didier Ledent.

Didier Ledent a cofondé Espace analytique de Belgique.
Il a été un président droit et rigoureux. Sa curiosité culturelle aura largement enrichi ses interventions et son humour, non sans autodérision,  aura pimenté nos nombreuses réunions. Sa présidence a mis en exergue une prise de parole qui compte au sein du milieu analytique et qui continuera de compter.

Je le remercie pour ces trois années de travail en collaboration étroite. 

Je tiens aussi à faire part de notre reconnaissance à Nicole Stryckman qui quitte le conseil d’administration. 

Nicole Stryckman est une des initiatrices et co-fondatrices d’Espace analytique de Belgique. 

Elle n’aime pas les hommages mais sans elle, Espace analytique n’existerait pas et ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. 

Depuis notre fondation, elle nous a transmis avec une grande générosité sa lecture et sa culture de la psychanalyse. 

Elle a soutenu une rigueur de travail dans la lecture des textes, dans sa pratique comme analyste mais aussi dans l’institution. 

Toujours avec une très grande humanité.

Je souhaite enfin la bienvenue à Sylvie Antoine et Isabelle Taverna qui rejoignent notre conseil d’administration.

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Assurer aujourd’hui la Présidence d’Espace analytique de Belgique, c’est d’abord maintenir une orientation.

Une orientation donnée il y a plus dix ans au moment de la fondation de notre association.

Quand j’ai accepté  de me lancer dans cette aventure de cofonder une association de transmission et de formation à la psychanalyse, il y avait indubitablement une question de transfert, transfert de travail avec les co-fondateurs.

Mais pas uniquement.

Ce qui a aussi éveillé mon désir de m’inscrire dans l’écriture de cette histoire, c’est ce signifiant  « Espace ». 

Il s’agissait de fonder un espace.

C’est-à-dire fonder un lieu plus ou moins bien délimité au sein duquel peut advenir « quelque chose ». 

Et ce quelque chose seraient la psychanalyse et le désir de l’analyste. 

Bien qu’indéfini, mais non infini, un espace est marqué par des bornes et des repères.

A Espace analytique de Belgique, ces repères sont pour nous les apports des théories psychanalytiques de Sigmund Freud et de Jacques Lacan mais bien sûr aussi d’autres psychanalystes, comme Karl Abraham, Donald Winnicott, Mélanie Klein.

Cependant, partout où il existe un espace, il existe du vide. 

Tout espace, quoi que balisé, est constitué de vide.

Ce vide nous intéresse particulièrement par les différentes formes qu’il peut revêtir et par le fait qu’il n’est pas sans faire parler nos analysants.

Ce vide est cependant indispensable à l’émergence d’une pensée libre et d’une possible créativité. 

Vous noterez que le mot Espace trouve sa place dans le dictionnaire entre les mots Esotérisme et Espada.

Entre la doctrine énigmatique et l’homme qui donne la mort au taureau dans l’arène.

Loin d’une doctrine ésotérique, notre association se doit de garantir certaines lignes d’orientation et se doit d’arriver à les transmettre.
Loin d’être comme l’Espada, nos pratiques visent la jouissance qui mortifie, pour redonner de la vie.

Mais pour cela nous devons nous associer. 

Entre la destructivité de la pulsion de mort et les dérives imaginaires du groupe, nous réunir dans un but commun reste une des précieuses ressources de l’être parlant. Nous associer pour penser, pour lire, pour échanger, pour débattre, pour construire. 

L’espace ainsi créé par notre association offre à chacun la possibilité de prendre la parole au sein des différents lieux qui y sont dédiés, entre autre le séminaire des membres.

« L’homme est perdu dans l’immensité indifférente de l’univers, d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part » Jacques Monod (prix Nobel de Médecine).

Devant cet état de fait, l’être-parlant cherche et met du sens.

Je choisis d’entendre le sens moins comme une signification que comme une orientation.

C’est donc entre orientation et espace que je vous propose d’occuper la présidence d’Espace analytique de Belgique pour les trois ans à venir, avec vous, avec le conseil d’administration mais aussi avec l’aide et le soutien du nouveau bureau. 

Deux thèmes me sont chers : le colloque « Passion de la mère » reporté au 16 et 17 octobre 2021 et la question de l’analyste en institution. 

Nous verrons comment l’avenir nous permettra de les travailler.

Anouk Lepage

Présidente d’Espace analytique de Belgique

2020-05

5 mai 2020. Le mot du président   

Chères collègues, chers collègues,

Ce temps où règne un virus ravageur nous rappelle au cas où nous l’aurions oublié que c’est bien la nature qui nous tolère et non l’inverse.

Il nous rappelle que si nous savons construire des ponts, créer des œuvres d’art ou des mathèmes lacaniens que finalement nous ne sommes que peu de choses au regard de la nature, de la puissance de la nature. En effet, ce minuscule virus qui n’a ni pensée ni inconscient et encore moins de désir a le pouvoir de mettre une bonne part de notre si intelligente espèce à l’arrêt. Voilà qui nous amène à une plus grande humilité.

Pour ma part, je ne pense pas que nous soyons en guerre, mais plutôt que l’élation, le sentiment de toute-puissance, promu par le néo-libéralisme nous fait oublier l’existence du réel. Celui-ci dès lors se rappelle à notre bon souvenir.

Est-ce que cette crise va changer notre société comme le prédisent certains ?

D'autres, au contraire, considèrent cela comme une péripétie historique et prévisible dans le cadre des cycles du système capitaliste. En outre, dans la crise qui nous occupe actuellement ce n’est même pas le système capitaliste qui défaille comme en 1929 ou en 2007 puisque la cause de la crise économique qui s’annonce est extérieure au système lui-même, en l’occurence un virus. Ces économistes prédisent donc que cela ne va rien changer au système et qu'après la chute il y aura le rebond, comme toujours.

Force est de constater qu' après 1929 il y eut 1940 et que l’économie s’est remise alors à tourner à plein régime grâce aux usines d’armement. Dis comme cela parait bien cynique au regard de la catastrophe sociale de 1929 et des millions de morts de la guerre 40-45. Mais au regard de l’Histoire ou de l’économie, c’est juste un cycle.

Alors, changement de paradigme ou cycle historique ? L’avenir nous le dira.

Mais le constat que je fais ici devrait-il nous conduire au fatalisme puisque finalement l’Histoire ne ferait jamais que se répéter ?

Je ne le crois pas.

Et si nous, comme psychanalystes, nous fondons notre travail sur un désir bien particulier, ce même désir s’articule fermement sur ce que Freud appelait « la foi dans la méthode » .

Pareillement ici, dans la crise qui nous occupe, nous psychanalystes, nous gardons foi en la nature humaine et dans sa capacité à toujours se réinventer.  Mais nous n’oublions pas le réel.

Nous n’oublions pas la résistance, nous n’oublions pas les forces qui toujours s’opposent et, toujours, nous ignorons qui de pulsion de mort ou de la pulsion de vie vaincra.

Notre institution aussi doit penser à la fois le présent et l’avenir.

Dès lors, je vous informe que pour le futur proche, le CA a décidé de supprimer la journée d’été du 20 juin 2020, elle aura lieu en janvier 2021 et rendra compte comme nous en avons pris l’habitude, des réflexions issues des séminaires de l’année. Par contre, nous nous retrouverons le samedi 5 septembre pour un moment réservé aux membres et qui comportera en tout une assemblée générale.

 

Par ailleurs, certains séminaires continuent actuellement en visio-conférence ainsi que plusieurs intervisions, mais toutes les activités en présentiel, conférences, lundis de Bruxelles ou de Mons, samedi de Namur sont supprimées. Nous vous demandons de ne pas vous réunir conformément aux règles émises par le Fédéral et ce jusqu’en septembre. À partir de cette date, nos activités reprendront selon les modalités possibles à ce moment-là, nous n’excluons pas le recours aux visioconférences si nécessaire.

Par ailleurs, vous trouverez sur le site, trois articles que nous proposons à votre réflexion et qui traitent de la question du cadre de la cure dans ces circonstances bien particulières. Vous trouverez également deux interviews sur le même sujet.

Le Bureau reste disponible pour vos questions ou pour vous apporter du soutien dans ce moment inédit pour nous tous.

En vous souhaitant de rester tous et toutes en bonne santé ou pour certains de vous remettre au mieux.

Bien cordialement,

Didier Ledent

Président EaB

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2020-01

JANVIER 2020. Le mot du président   

 Avons-nous besoin de l’institution ?

Nous assistons actuellement à un désinvestissement de l’institution, l’uberisation de la société n’en est qu’un exemple parmi d’autres. Cela permet au citoyen de donner son avis sur tout. Vous appelez un quelconque service, public ou non, et souvent dans la journée vous recevez une enquête où l’on vous demande d’attribuer à votre interlocuteur un certain nombre d’étoiles indiquant votre degré satisfaction. Cela semble aujourd’hui normal voir souhaitable.

Cela donne cependant une illusion aux consommateurs que nous sommes d’avoir une place et un pouvoir. Car face au désarroi de notre temps, ne sommes-nous pas avides d’illusion et de croyance comme en témoigne notre précipitation à adhérer aveuglément à toutes sortes de propositions novatrices ?

Cela ne vient-il pas en écho avec la crise de confiance dans les institutions, crise qui amène les citoyens à vouloir gérer les choses par eux-mêmes. D’où de nouveaux phénomènes comme la justice du peuple par voie de communiqué ou par des phrases assassines sur les réseaux sociaux. Cependant, régulièrement, la presse témoigne des dégâts délétères que cela produit sur certains sujets harcelés par leurs condisciples, ou sur la réputation des uns et des autres. En niant les institutions, notamment régaliennes, n’y a-t-il pas un risque majeur de voir la haine se déchainer ? À vouloir nier l’institution, ne doit-on pas craindre de voir l’institution faire retour, comme un retour du Réel, mais sous une forme autoritaire, ferment des dictatures et du renfermement sur soi et sur les traditions ancestrales ?

Et qu’en est-il de l’institution psychanalytique ? Il n’y a aucune raison de penser qu’elle soit meilleure qu’une autre. Mais pouvons-nous nous en passer ? Ne pouvons-nous pas penser que pour l’analyste, ne s’autoriser QUE de soi-même n’ait pas également un effet de retour du Réel, dans ce cas au détriment de nos patients ? Car cette phrase de Lacan, l’analyste ne s’autorise que de lui-même n’est pas sans poser question et à Lacan lui-même. N’est-ce pas pour répondre à cette question compliquée du passage à l’analyste qu’il a créé la Passe pour ensuite en faire un constat d’échec ? Doit-on pour autant en déduire, au vu de ce constat d’échec, que l’institution n’est plus nécessaire et que nous pouvons faire seuls ?

Je ne le pense pas.

Il est vrai que l’analyste ne s’autorise que de lui-même puisque ce passage à l’analyste il en réalise lui-même les effets. Mais Lacan d’ajouter ensuite, de lui-même et de quelques autres et que ces quelques autres veilleront à ce que seuls des analystes ne s’autorisent. On entend dès lors, si on suit le cheminement de Lacan, que c’est un petit peu plus complexe qu’une simple autorisation auto-normée. C’est un petit peu plus compliqué qu’une simple ubérisation par quelques amis et quelques patients, cinq étoiles, te voilà analyste.

Si en effet, « psychanalyste » n’est pas un titre, il n’en reste pas moins qu’il nous faut nous accorder sur quelques repères, sur quelques balises. L’institution analytique devient alors le lieu, nécessaire, pour trouver ces quelques autres, le plus radicalement autre possible, qui pourront prendre acte du passage à l’analyste, qui pourront prendre acte que cette autorisation de l’analyste n’était pas un vain mot.

L’institution analytique est aussi le lieu nécessaire d’échanges et de débats sur les questions de clinique et de théorie analytique et même si d’aucuns n’aiment pas le mot doctrine, je lui trouve pour ma part de nombreuses qualités à commencer par ce qu’il induit de prise de position d’un groupe d’individus. Je lui retire donc la connotation religieuse et surmoïque pour lui garder ce qui me semble être au plus près de l’acte d’un groupe, se rassemblant autour de quelques conceptions et quelques règles afin de pouvoir faire communauté, institution.

Voilà, ce que je nous souhaite pour 2020, cent ans après « Au-delà du principe de plaisir », qu’Espace analytique de Belgique, reste un lieu d’échanges et de repères cliniques et théoriques pour chacun et chacune, un lieu vivant ou la doctrine peut s’affirmer et se critiquer et qui amène ses membres à pousser plus loin leur formation afin d’arriver en ce lieu où l’autorisation d’un seul devient l’affaire d’un collectif.

En vous adressant mes meilleurs vœux pour l’an neuf.

Didier Ledent

Président d’Espace analytique de Belgique

 

2019-09

 Septembre 2019. Le mot du président

Les vacances, c’est fini !

Tant mieux diront certains, las d’avoir à s’occuper de quelques enfants peu disposés à se débrouiller seuls face au manque. Dommage, diront d’autres, avides, encore, d’expériences nouvelles et excitantes.

Dans les deux cas, la question du manque et du vide est centrale.

Qu’il est bien difficile aujourd’hui, dans notre temps, de rester à ne rien faire et éventuellement de s’ennuyer. Et pourtant, les impressionnistes de la fin du XIXeet du début du XXe  siècle (Renoir, Manet…) faisaient l’éloge du repos, les personnages faisant la sieste sous quelques platanes, et ce après un bon repas pris à la guinguette.

Faisons l’hypothèse qu’aujourd’hui, le manque et le vide se confondent. Mais en substituant le manque symbolique et de structure à un vide à remplir, le sujet contemporain fait fi de la question de la castration. N’est-ce pas ce dont témoigne notre clinique quotidienne ?

Car même si cette substitution est de tout temps, il faut bien constater que les symptômes se font aujourd’hui plus bruyants, extrêmes aussi, scarifications, auto-mutilations, tentatives de suicide, anorexie sévère, ou à l’inverse, l’inhibition amenant certains sujets à un total immobilisme.

Entendez-moi bien, je ne suis pas de ceux qui pensent que la structure de parlêtre de l’humain soit en passe de changer. Par contre, le symptôme, comme monstration, se fait, me semble-t-il, plus fréquent, situation somme toute logique dans un monde qui prône l’illimité de la jouissance.

Par ailleurs, nous constatons aussi que cela se combine souvent avec une récusation de la parole et du transfert.

Sans doute est-il plus simple, plus facile, de trouver quelque « thérapeute » permettant de renforcer la confiance en soi, autrement dit de renforcer le moi.

Nous retournons donc en arrière, niant l’apport de Freud et de Lacan, en en revenant à l’hypnose pré-freudienne et à l’ego-psychology tant décriée, à juste titre, par Lacan.

Nous ne pourrons sans doute pas aller bien loin en luttant à contre-courant, mais peut-être faut-il en revenir à une position plus humble quant au pouvoir de la psychanalyse tout en affirmant fermement la réalité de son action sur bien des sujets.

En quelque sorte, nous voici devenus, ou en passe de devenir, un petit village gaulois qui résiste à l’envahisseur, mais que je sache, l’histoire, se termine toujours bien et par un grand repas. Il faut dire qu’« il ne faut jamais parler sèchement à un Numide» petit exemple parmi mille autres, emprunté à l’œuvre d’Uderzo et Goscinny et qui témoigne de leur parfaite connaissance du jeu sur le signifiant.

En vous souhaitant une excellente année 2019-2020 au sein d’Espace analytique de Belgique et au plaisir de vous retrouver ce 21 septembre pour notre matinée d’ouverture de l’année avec Claude-Noële Pickmann.

Didier Ledent

Président

 

2019-01

Janvier 2019. Le mot du président

Cher(e)s collègues,

Nous voici arrivés à la fin de la saison des films de Noël qui ont bien rempli notre espace télévisuel, comme chaque année. Nous allons maintenant entamer, dans ce lendemain du jour de l’an, la saison des bêtisiers qui là aussi vont bien occuper nos soirées. A condition bien sûr de vouloir peindre notre monde en rose.

Car en effet, nous ne pouvons qu’espérer des jours meilleurs si nous nous référons aux nouvelles du monde relayées par tous nos médias. Entre catastrophes naturelles en Asie, explosion d’une bombe artisanale en Egypte, femmes décapitées au Maroc, tweets de Donald Trump, retour à l’obscurantisme de plusieurs pays européens, crise politique en Belgique, et incurie face aux phénomènes migratoires et climatiques, rien ne pousse vraiment à l’optimisme

Dans ce chaos, les psychanalystes brésiliens ont décidé de franchir un pas, politique : ils ont rendu public le désarroi, les angoisses et le traumatisme de leurs analysants homosexuels et féministes face aux menaces de mort ou de violences qu’ils ont reçues de leurs copains de lycée ou d’université, partisans du président d’extrême-droite Bolsonaro. Mais, on le sait, l’histoire l’a montré, l’élimination de la psychanalyse, si ce n’est des psychanalystes, fait partie des premières mesures que prend un régime totalitaire. Manifestement, l’éthique du bien-dire représente toujours une menace qu’il s’agisse de dictatures d’extrême droite ou d’extrême gauche.

Cette éthique du bien-dire tout comme la régulation des jouissances rendent la psychanalyse fort mal adaptée à notre époque où prévaut « la dictature du bonheur » comme l’a démontré le livre de Marie-Claude Elie-Morin. Cette positivité à outrance qui caractérise notre temps cache cependant mal le malaise qui sans cesse s’accroit dans nos sociétés où l’inégalité sociale se creuse toujours davantage. Là aussi, l’histoire nous permet d’en connaître la suite, la rancœur mène toujours au choix des extrêmes, là aussi de droite comme de gauche.

Voici les défis qui seront les nôtres pour 2019 et pour les années qui viennent. Ces défis nous devront les relever aussi bien dans notre cabinet d’analyste, dans nos institutions quelles qu’elles soient comme dans notre vie de tous les jours. Et même si ce constat semble bien pessimiste, restons à l’affut des signes aussi minimes soient-ils d’une réaction de résistance ou d’opposition face aux temps qui arrivent au, « mal qui vient » pour paraphraser le titre du dernier livre de Pierre-Henri Castel.

Pour lutter, pour résister aux pires tentations, reste aussi l’art. En littérature, « My absolute Darling » de Gabriel Tallent, un livre fort, dur, mais essentiel de 2018. Et puis, actuellement, l’excellente exposition de la Fondation Boghossian à Bruxelles « Beyond Borders » ; au dernier trimestre 2019, la rétrospective Francis Bacon à Paris et puis le théâtre, la musique. Et encore, plus fondamental, il nous reste nos familles, l’amour et l’amitié. Oui, nous pouvons penser que dans cet univers obscur de petites loupiottes existent. Gageons qu’elles puissent éclairer le monde.

Dès lors, il n’y a pas lieu de déroger à la tradition de vous présenter mes meilleurs vœux pour l’année 2019, pour vous et votre famille.

Didier Ledent

 

 

2018-01

Janvier 2018. Le mot du président

L’année 2017 fut une année riche en événements et en faire le relevé exhaustif relève de la gageure tant nos activités furent nombreuses. En tout cas, cette année prouve, une fois de plus, la vitalité de notre association.

L’enseignement a maintenant pris sa place dans l’association, il contribue à fournir un élément essentiel et fort dans la formation des analystes.

Le nombre d’ateliers proposés à la Commission enseignement et formation ainsi que leur fréquentation, qui reste stable au fil des années, est également fort encourageant. Les conférences des lundis à Bruxelles furent aussi très riches avec, pour certaines, une affluence record.

Le séminaire des Membres, ouvert aux adhérents, est un moment important et vu qu’il ne se déroule que trois ou quatre fois par an, je ne peux que vous inviter à vous libérer pour ce moment d’échanges et d’élaborations de ce qui fait la spécificité de notre Espace.

Enfin, nos activités à Mons et à Namur indiquent la vitalité et la ténacité de nos membres habitants dans ces régions.

Reste quelques moments importants en 2017 que je voudrais particulièrement relever.

La conférence de Gisèle Chaboudez sur le dispositif analytique a suscité de nombreuses réflexions parmi les collègues, au moment de la conférence comme dans l’après-coup, sur cette question essentielle du dispositif, question qui nous occupe tous et toutes au quotidien.

La conférence de Silvia Lippi et de Frédéric Vinot sur l’improvisation fut également fort intéressante par son thème et vu l’enthousiasme communicatif des orateurs.

Enfin, il est impossible de ne pas parler nos journées d’étude « Sublimation, symptôme et fins de cure ». La richesse des interventions et la qualité des échanges a été fort appréciée tant par les membres de l’association que par les participants extérieurs. Je pense que nous pouvons légitimement en être fiers. Il me tenait à cœur que ces interventions laissent une trace et j’espère que le projet de publication de certaines interventions dans « Figures de la psychanalyse » pourra être mené a bien.

Voici maintenant que 2018 montre son nez. Là aussi cette année est faite de belles promesses, au-delà de nos activités courantes.

Notez dans vos agendas, la prochaine conférence de Gisèle Chaboudez, ce 27 janvier, sur le thème « que peut-on savoir sur le sexe ? ». Cette intervention prend appui sur son dernier livre qui n’est pas sans poser de nombreuses questions que nous pourrons adresser à l’auteure.

Par ailleurs, une journée de travail est organisée ce 26 mai sur le thème « la théorie comme fiction, la fiction comme théorie ». Ce moment dont le titre renvoie à Maud Mannoni, fondatrice d’Espace France, nous permettra de mettre en dialogue la théorie analytique et les apports anthropologiques et artistiques comme en témoigne le choix des orateurs venant d’horizons divers.

Enfin, il est impossible de ne pas évoquer le contexte politique actuel qui jette l’opprobre sur l’approche psychanalytique. Espérons que la qualité de notre travail clinique comme la qualité de nos élaborations théoriques pourront nous permettre de continuer à travailler librement en restant attachés à notre éthique, soit l’éthique du bien-dire.

Je conclus ce mot, non sans vous avoir souhaité à tous et toutes une excellente année 2018 !

Didier Ledent
Président d’Espace analytique de Belgique

 

2017-06

Le mot du président
(suite à l'assemblée générale du 17 juin 2017)

Chers collègues, je vous remercie pour la confiance que vous me faites ainsi qu’au bureau renouvelé.

Nous avons créé Espace analytique de Belgique le 18 juin 2010. On peut dire que nous avons réussi ce pari un peu fou. En témoignent la bonne santé de l’asbl Espace, car Espace est aussi une asbl qu’il faut gérer, mais aussi, et surtout, la qualité de nos activités, séminaires et ateliers comme nous l’avons encore entendu aujourd’hui.

Notre prochain défi est, me semble-t-il, d’assurer la pérennité de notre association. Peuvent y contribuer notre rigueur à tous, quel que soit notre statut dans l’association. Rigueur dans notre clinique, mais aussi rigueur dans nos activités de formation et de recherche pour reprendre l’expression se trouvant sous le logo d’Espace.

Il me semble aussi que notre pérennité sera assurée si nous cultivons ce qui nous est souvent renvoyé de l’extérieur comme de l’intérieur, à savoir l’ambiance qui règne dans nos rencontres faites d’une simplicité de ton, d’un respect mutuel et d’une ouverture dans nos références théoriques sur fond de notre orientation lacanienne. Encore faut-il particulièrement veiller à ce qu’ouverture et rigueur puissent se conjuguer.

Cette ambiance, ce droit de chacun à la parole, je compte, avec la vice-présidente Anouk Lepage, y être particulièrement attentif et je ne peux que vous encourager si vous avez quelques questions, quelques remarques ou suggestions concernant l’association à venir nous en parler.

Afin que l’association soit traversée par un mouvement collectif, j’ai fait la proposition au CA — qui l’a acceptée— d’organiser en octobre 2019 des journées d’étude, mais de les organiser différemment. En effet, tous les membres seront consultés sur le thème de ces journées et le CA, fort de ces avis, délimitera un thème. Ce thème sera mis au travail dans un séminaire mensuel réservé aux membres de septembre 2018 à juin 2019. J’espère ainsi à la fois multiplier nos occasions de rencontres et également que le thème de ces journées soit porté par l’association.

Pour conclure, je voudrais vivement remercier Cédric Levaque.

Si espace en est là aujourd’hui, nous le devons en grande partie à son dynamisme, à son sens inné de l’organisation, à sa diplomatie et son souci des autres, ainsi qu’à ses nombreuses idées et projets. Il n’a pas ménagé son temps et son énergie au profit de l’institution et nous l’en remercions.

Mais rassurez-vous, il ne va pas devenir inactif, nous comptons, le CA et moi-même encore utiliser ses nombreuses qualités.

Donc, pour marquer le coup, avant le prolongement de ce soir, j’ai le plaisir, Cédric, de t’offrir ce petit cadeau.

                                                                                                Didier Ledent
                                                       Président d’Espace analytique de Belgique

 

2017-01

Le mot du président (01-2017)

Il y a tout juste 100 ans, Freud publiait Une difficulté de la psychanalyse.

Dans cet article, il y commente la raison principale du rejet de la psychanalyse en évoquant les trois vexations narcissiques qu’a subi l’humanité de la part de la recherche scientifique.

La première est une vexation cosmologique avec Nicolas Copernic qui, à l'époque de la Renaissance, met en évidence que l’homme n’est pas le centre de l’univers. La seconde est une vexation biologique avec Charles Darwin qui établit que l’homme est issu du règne animal. Et enfin, la vexation certainement la plus douloureuse, la vexation psychologique issue de la théorie psychanalytique et de l’introduction des processus inconscients où Freud révèle combien « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison ».

Il est un fait que depuis l’œuvre de Freud et avec les avancées de Lacan, l’approche psychanalytique n’a en effet cessé de subvertir le sujet moderne du savoir et ce, pour mieux laisser entendre les murmures du sujet de l’inconscient. Cette nomination qu’est le sujet de l’inconscient n’est d’ailleurs pas sans poser la question de son statut car reconnaissons-lui, à tout le moins, cette particularité d’engendrer un savoir dont le contenu échappe dès qu’il s’énonce. Les divers repères hérités notamment des apports théoriques de nos ainés sont certes essentiels mais, nous ne devons jamais oublier que nous avons constamment à les réinventer et ce, non seulement pour chaque cure mais aussi pour chaque moments singuliers d’une même cure.

Toutefois, aujourd’hui, le monde de la « santé mentale » donne l’impression de ne plus s’émerveiller de la singularité de la clinique tant la normalisation des soins au niveau politique ne cesse de réduire et de phagocyter l’espace de parole et de créativité. Or, cette espace de créativité n’est-il pas au cœur de la pratique de la psychanalyse ? La normalisation n’a-t-elle pas pour conséquence directe de pourvoir constamment du sens ? Et ce don de sens, ne dépossède-t-il pas les analysants de cette créativité ? La normalisation, recherchée en vain par le mouvement sociétal, engendre non pas de la rigueur clinique comme elle le souhaiterait mais simplement la rigidité de la standardisation et son effet de désubjectivation. Tout ceci n’est pas sans poser la question aujourd’hui de ce qu’implique d’être un sujet qui parle, autrement dit un sujet créateur.

Il y a 100 ans, lorsque Freud critiquait l’approche philosophique humaniste et classique qui concevait le sujet comme maître de soi, de la conscience et ce, afin souligner que le moi était avant tout une instance de méconnaissance et d’illusion, ne cherchait-il pas à mettre en évidence la fonction désaliénante, libératrice de la psychanalyse ? Or, il importe plutôt dans notre société aujourd’hui de ne plus penser et de rentrer dans les carcans des standards calculés scientifiquement prônant la maîtrise de la demeure psychique, autrement dit l’éradication du symptôme. Qu’est-ce que le symptôme si ce n’est justement cette créativité subjective.

L’une de nos tâches les plus importantes est donc de maintenir vivant le développement de la singularité psychique et ce, en continuant la transmission de la psychanalyse. C'est pourquoi, plus que jamais, nous avons à maintenir notre engagement concernant notre rigueur théorique et clinique. C'est ce que s'efforcent de conjuguer nos ateliers d’enseignements, nos ateliers, nos cycles de conférences à Bruxelles, Namur et Mons ainsi que nos groupes d’intervision. Ces derniers sont riches et précieux car ils permettent tant aux jeunes en formation qu’aux aînés de réinventer avec chaque patient leur clinique. Ce type d’échanges permet ainsi, au mieux pour chaque clinicien, chaque analyste, de garder la créativité nécessaire à sa fonction.

Aussi, en ce début d’année 2017, je vous souhaite, à toutes et à tous, une bonne reprise et beaucoup de plaisir dans votre travail.

Cédric Levaque
Président d’Espace analytique de Belgique

 

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